L’AVS est souvent présentée comme une assurance vieillesse, ce qui peut laisser penser que chacun cotise aujourd’hui pour financer sa propre retraite demain. Ce n’est pourtant pas ainsi qu’elle fonctionne. L’AVS repose avant tout sur un système de répartition: les cotisations prélevées aujourd’hui sur les revenus du travail servent à financer les rentes versées aujourd’hui aux retraités.

Autrement dit, le premier pilier ne fonctionne pas comme une caisse de pension ni comme une épargne individuelle. Les montants versés par les actifs ne sont pas capitalisés à leur nom pour être restitués plus tard. Ils sont redistribués au fil de l’eau pour couvrir les prestations courantes. C’est ce qui distingue fondamentalement l’AVS du deuxième pilier et du troisième pilier, qui reposent, eux, sur une logique de capitalisation beaucoup plus marquée.

Ce système a une logique propre. L’AVS ne vise pas à reproduire le revenu antérieur de chacun, mais à garantir une base matérielle minimale à la retraite, en combinaison avec les autres piliers de la prévoyance suisse. Elle repose aussi sur plusieurs formes de solidarité. La plus connue est la solidarité entre générations: les actifs financent les retraités d’aujourd’hui, avec l’idée que les générations suivantes feront de même. Mais il existe également une solidarité entre revenus: les personnes aux revenus élevés cotisent davantage, alors que les rentes restent plafonnées et ne croissent pas proportionnellement au salaire.

Le financement de l’AVS provient principalement des cotisations des salariés et des employeurs. Depuis 2020, le taux de cotisation AVS est de 8,7% du salaire, partagé à parts égales entre employé et employeur, soit 4,35% chacun. À cela s’ajoutent d’autres sources de financement, notamment une contribution de la Confédération, une part de la TVA ainsi que diverses recettes affectées. L’AVS n’est donc pas uniquement financée par les salaires, même si ceux-ci en restent la base centrale.

Il existe aussi un fonds de compensation, parfois mal compris. Ce fonds joue un rôle de réserve et de stabilisation à court terme: il permet d’absorber des fluctuations conjoncturelles et de sécuriser la continuité des versements lorsque les dépenses dépassent temporairement les recettes. En revanche, il ne constitue pas un capital permettant à chaque génération de préfinancer intégralement sa propre retraite. Le principe fondamental du système reste celui de la répartition.

Comprendre ce point est essentiel pour la suite du débat. Tant que l’on parle de l’AVS comme d’une « assurance vieillesse » sans rappeler qu’elle repose sur le transfert immédiat des cotisations des actifs vers les retraités, on passe à côté de sa vraie logique. L’AVS n’est pas un système d’épargne individuelle, mais un mécanisme collectif de financement courant des retraites. C’est précisément ce qui fait sa force sociale, mais aussi sa sensibilité aux évolutions démographiques.

Sources